[Edu-ressources] Le Canada est passé du 9e au... 19e rang mondial en matièr e de technol ogies de l'information

Sam Boskey Sam.Boskey at mels.gouv.qc.ca
Jeu 21 Mai 11:12:17 EDT 2009


La fracture numériquehttp://www.ledevoir.com/2009/05/16/250729.html

Fabien Deglise (
http://www.ledevoir.com/cgi-bin/Contact?from=250729&id=1684&nom_auteur=Deglise
) 
Édition du samedi 16 et du dimanche 17 mai 2009 (
http://www.ledevoir.com/2009/05/16/ )
En cinq ans, le Canada est passé du 9e au... 19e rang mondial en
matière de technologies de l'information et des communications. Une
menace pour le développement du pays.
 
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De gagnant à perdant, le Canada traîne désormais de la patte en matière
de technologies de l'information et des communications. Et il n'est pas
nécessaire d'attendre cinq minutes le téléchargement d'une page Web sur
l'écran microscopique de son téléphone cellulaire pour s'en rendre
compte.
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Il y avait l'espoir, le rêve, parfois la peur ou la fierté. La
mondialisation des activités humaines, cette idée de réduire les
distances entre les pays pour faire avancer les affaires, l'art, la
recherche scientifique ou le savoir, commence doucement au Canada à
induire un nouveau sentiment chez ceux et celles qui s'y frottent: la
gêne. 

Demandez au directeur de la recherche à la Société des arts
technologiques (SAT) de Montréal, René Barsalo, qui sillonne la planète
pour y parler de spectacles multimédias en réseau, de télémédecine ou
encore de diffusion de contenus vidéo sur un téléphone cellulaire. «Oui,
ça devient gênant: désormais, quand on croise des partenaires éventuels
en Europe ou en Asie, il faut leur expliquer qu'on ne pourra pas
collaborer avec eux, lance-t-il. Pas qu'on ne veuille pas, mais parce
qu'on n'a plus les capacités techniques au Canada pour le faire.» 

Pour la productrice Josée Vallée, présidente de Cirrus communications,
la firme qui a donné vie à la série Tout sur moi, la situation est plus
que gênante, elle est surtout lourde de conséquences: après chaque
journée de tournage, les épreuves -- les rushs, quoi! -- sont
généralement gravées sur un DVD pour être visionnées le soir même
par les producteurs. «Nous avions pensé nous équiper d'un système pour
échanger ces rushs sur un réseau fermé, dit-elle, et ce, pour éviter
de graver tout ça sur un DVD et épargner un envoi quand le tournage est
loin de Montréal. Mais on a été obligés de reculer à cause du temps que
cela aurait pris pour transférer ces données.» 

«Les compagnies d'effets spéciaux de Montréal commencent aussi à avoir
des problèmes, lance Réal Gauthier, de la boite Concept et Forme. À
cause du piratage, les studios d'Hollywood n'acceptent plus que leur
travail soit envoyé sur un disque dur par courrier terrestre. Ils
veulent un transfert sur un réseau sécurisé. Or, avec le réseau actuel,
une scène de trois minutes du dernier Batman, ça peut prendre deux jours
à envoyer.» 

Un grand bond en arrière 

Autant d'exemples, autant d'affronts pour les adeptes des technologies
de l'information et des communications -- les «TIC», comme disent les
experts -- tout comme pour le propriétaire d'un cellulaire et son
voisin, le simple abonné à Internet à haute vitesse. Après avoir bombé
le torse, au milieu des années 1990 avec un réseau de transmission de
données numériques à l'avant-garde et des branchements au Web dont la
rapidité faisait brûler d'envie le reste de la planète, le Canada n'a
désormais plus les moyens de plastronner. 

Pour cause. Dans les dernières années, ces infrastructures servant à
faire transiter les communications par téléphone cellulaire ou encore
les courriels, les photos de famille ou le dernier épisode de cette
série que l'on aime tant n'ont pas vraiment fait face à la musique du
développement et de l'amélioration, qui pourtant s'est mise à jouer à
tue-tête partout sur la planète. Avec à la clé un réseau qui, quoi qu'en
disent les Bell, Vidéotron et Rogers de ce monde, approche désormais de
l'obsolescence. 

Pis, ce réseau est aussi passablement dispendieux pour les
consommateurs et s'accompagne de limites qui pourraient porter préjudice
au développement économique, social et même politique du pays,
n'hésitent plus à clamer aujourd'hui plusieurs observateurs de la
scène techno. 

«On était au-dessus de la mêlée, dit M. Barsalo. Mais tout ça est fini.»
«Nous sommes désormais en retard sur le reste de la planète, renchérit
Patricia Tessier, vice-présidente du marketing chez Sun Media. Ce retard
ne cesse même de s'accentuer parce que personne ne semble vraiment en
prendre conscience.» Et pourtant... 

La mathématique de la comparaison internationale le confirme. Entre
2002 et 2007, le Canada est passé en effet du 9e au... 19e rang mondial
en matière de développement global des TIC, indique le dernier rapport
de l'Union internationale des télécommunications (UIT), une agence
spécialisée de l'ONU qui chaque année fait l'état des lieux des
télécoms et de leur usage dans 154 pays. 

Pire, en matière d'usage de l'Internet, mais aussi de propagation dans
l'environnement de connexions à haute vitesse, filaires ou cellulaires,
le pays qui a donné naissance au célèbre téléphone intelligent
Blackberry confirme là aussi son recul en passant du 4e rang mondial en
2002 au... 21e rang, cinq ans plus tard. Triste constat: il est
désormais laissé dans la poussière par la Corée du Sud, la Suède, le
Japon, l'Autriche, les États-Unis ou encore l'Allemagne -- pour ne citer
qu'eux --, où visiblement le futur technologique se vit déjà
aujourd'hui. 

«Nous sommes devant un problème profond», lance le consultant en
technologies de l'information, Réal Gauthier, qui depuis des années
s'amuse à faire la lecture de la chronique d'une ruine technologique
annoncée que chercheraient à écrire, selon lui, les acteurs des TIC au
Canada. Un problème facilement quantifiable d'ailleurs lorsqu'on se
penche sur la capacité de transmission de données numériques qu'offre
aujourd'hui la Toile canadienne. 

Un réseau et ses limites 

La chose se mesure en Megabits par seconde (Mbit/s) et donne une bonne
idée de l'aptitude qu'a un réseau pour faire face à son avenir. C'est
qu'à une époque où l'Internet -- tout comme les cellulaires -- ne sert
plus seulement à faire circuler du texte et de la voix, cette force de
transfert est désormais cruciale puisqu'elle permet l'échange, sans
contraintes, de fichiers sonores ou vidéo, généralement plus volumineux.
Elle permet aussi de mettre un peu plus d'instantanéité dans les
échanges, en donnant la chance par exemple à deux personnes de se parler
et de se voir en direct, sans être physiquement au même endroit. 

Mais il y a plus. Le Web n'est désormais plus seulement un simple
buffet où l'internaute vient se servir, mais bien un espace de plus en
plus ouvert où il vient aussi déposer des choses: ici des photos de son
dernier voyage, là une vidéo artistique ou encore un extrait de sa
dernière composition musicale. L'endroit aspire à devenir également
un lieu d'échanges et de collaborations en direct par l'entremise de
mondes virtuels, de vidéoconférences... Entre autres. 

Les gourous des TIC parlent de «Web participatif». Et pour y accéder,
les usagers doivent disposer d'un réseau qui offre une capacité de
transfert de données élevée, autant pour le téléchargement (je prends)
que pour le téléversement (je donne), chose que le réseau canadien peine
franchement à offrir. 

Alors que le reste de la planète succombe désormais à la fibre optique,
ce câble lumineux qui décuple de manière exponentielle les capacités de
transfert des contenus numériques, les grandes villes du pays, dont
Montréal, sont en effet toujours accrochées au bon vieux câble coaxial
de cuivre ou aux bonnes vieilles lignes téléphoniques avec leurs
vitesses du passé. 

Le hic: cette infrastructure dite «asymétrique» confère une vitesse
modeste pour le téléchargement (généralement entre 7,5 et 10 Mbit/s),
mais est aussi incapable de favoriser les téléversements de contenus à
une vitesse supérieure à 1 Mbit/s. Ça, c'est 100 fois moins que les
capacités de la fibre optique, un fil symétrique qui donne, lui, 100
Mbit/s de bande passante, comme on dit, et ce, que l'on désire prendre
ou donner des contenus sur le réseau. 

Ce fossé numérique canadien est aussi palpable dans l'univers du
cellulaire où, en grande pompe l'automne dernier, Quebecor a annoncé
avoir acquis la licence d'exploitation des téléphones sans fil de
troisième génération (le 3G), forcément plus rapides que ceux
actuellement en circulation partout au pays. Cette technologie est
utilisée au Japon depuis plus de six ans. Quebecor prévoit offrir ses
premiers forfaits au milieu de 2010, soit dans plus d'un an, alors que
depuis quelques semaines Sprint aux États-Unis vante à la télévision et
aux heures de grande écoute les vertus de son nouveau réseau... 4G (pour
quatrième génération), qualifié du «réseau de maintenant.» 

Des projets à revoir 

Des épreuves condamnées à rester sur DVD, des effets spéciaux envoyés
par avion ou encore un musicien contraint de se déplacer pour
enregistrer une ligne de guitare dans un studio de Montréal alors qu'il
aurait très bien pu le faire, par fibre optique, depuis un studio de
Barcelone, Riga ou Singapour... Le retard technologique canadien ne
menace pas la santé des citoyens, mais il n'en demeure pas moins très
inquiétant, résume Sylvain Carle, qui s'occupe du dossier Internet à
l'Alliance Numérique, un regroupement d'acteurs des TIC. 

«C'est comme les mouvements écologistes, il y a 20 ans. Nous devons
faire prendre conscience d'un problème qui a très peu d'effets apparents
et qui ne tue personne. Mais le fossé qui commence à nous séparer du
reste de la planète est tragique. À la longue, il va faire de nous une
société technologiquement analphabète. Nous sommes dans un monde
globalisé où la culture numérique occupe une place de plus en plus
importante. Or, on est en train de reculer sur l'échiquier international
quant à notre capacité à participer à une économie du savoir qui repose
sur des réseaux de communication. Et j'espère que cela ne va pas prendre
20 ans avant qu'on se réveille.»
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